Vidéosurveillance : beaucoup de questions, et peu de réponses
Le conseil municipal d’Aix-les-Bains examinait hier soir le projet de vidéo protection présenté par la municipalité. Si le sujet a fait l’objet d’interventions plus nombreuses qu’à l’accoutumée de la part des conseillers de la majorité, quantité ne rimait pas forcément avec qualité. Quant aux nombreuses questions soulevées par la minorité, elles sont pour la plupart restées sans réponse. Bref retour sur le débat d’hier soir, avant de revenir plus en profondeur sur le sujet dans un prochain article.
Des questions, peu de réponses
Si les élus de la majorité se sont montrés plus bavards qu’à leur habitude, ceux de la minorité Aix Avenir n’ont pas été en reste. Comme souvent sur les questions importantes. Parfois maladroitement formulées, leurs remarques ou questions n’en demeurent pas moins pertinentes. Les réponses apportées par Renaud Beretti, rapporteur du projet, ne sont pour la plupart pas à la hauteur. Quand réponses il y a eu. Voici quelques exemples.
Comment un système d’enregistrement dont les images ne sont visionnées qu’en cas de délit pourrait-t-il permettre d’améliorer la sécurité routière et de réguler le trafic ? Aucune réponse à cette question. L’amélioration de la sécurité routière et la régulation du trafic font pourtant partie des arguments de la municipalité en faveur de l’implantation de caméras.
Il y a quelques années, le maire estimait que l’installation de caméras était prématurée. Quels sont les changements intervenus depuis et qui justifieraient aujourd’hui cette installation ? Aucune réponse à cette question. Si ce n’est cette contradiction. Dans son introduction, le premier adjoint a déclaré qu’Aix-les-Bains restait une ville calme. Avant de déclarer plus tard que la situation n’était pas la même qu’il y a quelques années, d’où la nécessité d’implanter des caméras. La sécurité à Aix-les-Bains reste donc la même tout en changeant ?
Combien cela va-t-il coûter ? Je ne peux pas vous le dire, mais ce n’est pas à l’ordre du jour, a répondu en substance Renaud Beretti. Pour le premier adjoint, l’objet du débat d’hier soir n’était pas d’approuver un projet précis, mais de décider de l’opportunité d’implanter des caméras en ville. Le rapport de synthèse était pourtant libellé ainsi (source : site internet de la ville) : Il est proposé au conseil municipal de décider la mise en place d’un dispositif de vidéo protection constitué de dix-sept caméras, de solliciter les subventions au titre du F.I.P.D. et d’autoriser le Maire ou son représentant à signer tous documents relatifs à la mise en œuvre de ce projet. Il s’agissait donc bien pour les élus d’approuver un projet précis. Mais donc sans avoir la moindre idée des coûts induits. Que ce soit en termes d’investissements initiaux, de coûts d’exploitation et de maintenance, ou encore d’investissements de renouvellement ou d’extension.
Une extension qui, a en croire Thibaut Guigue, va s’avérer inévitable dans les années à venir. Pour l’unique élu de la liste Aix de tout cœur, les habitants des quartiers qui ne seront pas équipés vont réclamer l’installation de caméras. D’après lui, en validant aujourd’hui l’installation des premières caméras, les élus engagent la ville sur le long terme, pour une couverture quasi-totale de tout le territoire communal. Ni le maire ni le premier adjoint n’ont réagi à cette intervention, qui posait pourtant indirectement la question : le projet municipal est-il oui ou non d’étendre l’installation de caméras à toute la commune ? Pas de réponse donc à cette question. Quant à Thibaut Guigue, qui se dit persuadé qu’il ne pourra en être autrement, il a voté pour. Sans donc savoir quelles vont être les conséquences financières pour la ville. On l’a connu plus curieux et plus inquisiteur. Participer, selon sa propre formule, c’est bien. Encore faut-il ne pas oublier de se poser les questions essentielles. Et obtenir les réponses.
Des caméras parce que l’Etat le veut
Au milieu de cet océan de questions sans réponses, une a au moins eu le droit à une réponse claire. Bien que sans doute partiellement involontaire. Rappelant le rôle régalien de l’Etat en matière de sécurité publique, et rappelant son attachement à ce principe, Dominique Dord est revenu sur la volonté du gouvernement de développer la vidéosurveillance sur le territoire français. Ses propos, implicitement, laissent entendre que si la municipalité aixoise s’est engagée dans ce projet de vidéosurveillance, c’est pour appliquer la politique gouvernementale en matière de sécurité. Ce projet répond-t-il à un besoin précis de la ville d’Aix-les-Bains ? Le conseil d’hier soir n’a pas apporté de réponse à cette question. Qui semblait au demeurant bien secondaire hier soir.
Vidéosurveillance, vidéo protection, vidéo tranquillité ?
Le terme vidéosurveillance, le premier à être entré en vigueur, fait parfois peur. Sans doute à cause de son côté Big Brother Is Watching You. Pour rassurer, certains préfèrent lui substituer le terme de vidéo protection. Comme c’est le cas pour la municipalité aixoise. De son côté Myriam Auvage, l’adjointe à la citoyenneté, lui préfère le terme de vidéo tranquillité. Surveillance, protection, tranquillité, trois termes différents pour désigner un système qui dans tous les cas reste le même. Changer la désignation d’une chose n’en n’a jamais changé la nature. Pas plus en matière de sécurité publique qu’en d’autres matières.
Hervé Boileau, enseignant à l’Université de Savoie et conseiller municipal aixois habitué des « bons mots » en séance du conseil, aurait pu reprendre ce débat sémantique en ces termes1 : « Monsieur le maire, monsieur le premier adjoint, madame l’adjointe à la citoyenneté, je m’interroge. Je viens de recevoir ma convocation pour les surveillances d’examen de fin d’année. Dois-je interpeler la présidence de l’université en lui demandant de bien vouloir remplacer le mot surveillance par protection ? Voire par celui de tranquillisation. La question est intéressante. Et ouvre des perspectives qui le sont tout autant. Par exemple, les étudiants seraient sans doute moins stressés durant les examens s’ils se savaient protégés plutôt que surveillés. Et l’on pourrait aussi imaginer que les surveillants de nos prisons cèdent la place à des tranquillisateurs d’espaces de liberté restreinte. Et puisqu’il était question de l’école maternelle de Lafin dans un point précédent de l’ordre du jour de ce soir, tranchons également cette épineuse question : les enseignants en maternelle peuvent-ils décemment continuer à surveiller la récréation de nos chères têtes blondes, quand leur devoir serait de la protéger ou de la tranquilliser »
1 Propos imaginaires qui ne sont pas le fait de l’intéressé.
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