Il faut sauver le soldat Musilac

Faut-il vraiment sauver Musilac ?

Les critiques à l’encontre de Musilac ne datent pas d’hier. Elles concernent en premier lieu les nuisances directement liées au festival. Qu’il s’agisse du bruit, du bouclage du quartier, de la privatisation de l’esplanade pendant tout un mois, ou encore du stationnement sauvage. Mais en parallèle, les aixois sont aujourd’hui de plus en plus nombreux à s’interroger sur le bien fondé du financement public de Musilac. Face à la gronde qui monte, la municipalité peut compter sur son agence de communication privée, la rédaction locale du Dauphiné Libéré (DL). Il faut sauver le soldat Musilac : une mission taillée sur mesure pour la Division Légère (DL aussi) d’Aix-les-Bains !

Les commerçants satisfaits

Qu’il se trouve des commerçants satisfaits de leur activité pendant Musilac, difficile d’en douter. On ne peut imaginer de quasiment doubler la population d’une ville trois soirs durant sans que cela ait un minimum d’effet sur une partie du commerce local. Mais de là à écrire que les commerçants aixois sont satisfaits des retombées économiques, comme le fait le DL, il y a un pas immense. On peut tout d’abord noter que malgré Musilac, ou peut-être à cause de Musilac, plusieurs commerçants du centre ville ont choisi de fermer leurs boutiques samedi après-midi (14 juillet férié) ainsi que dimanche. A l’évidence, ceux-ci ne croient donc pas aux retombées économiques du festival. Par ailleurs, à ce jour, aucune étude exhaustive ne mesure les éventuelles retombées économiques de Musilac. Ce serait pourtant la moindre des choses pour un festival dans lequel la collectivité engloutirait chaque année près d’un million d’euros. Le DL a choisi de s’en tenir au seul exemple de la supérette des Bâteliers, à proximité immédiate de l’esplanade. Celle-ci affirme avoir quadruplé son chiffre d’affaires par rapport à un week-end estival classique. Il serait intéressant d’avoir la comparaison par rapport à un week-end estival où se tiendrait une autre manifestation, comme le Navig’Aix par exemple. Manifestation dont le subventionnement public est sans commune mesure avec la petite fortune dépensée chaque année pour Musilac. A défaut de disposer de tous ces éléments, il est donc difficile d’affirmer que les commerçants aixois tirent leur épingle du jeu. Encore moins qu’ils sont satisfaits des retombées économiques. Tout au plus peut-on écrire que des commerçants, et non les commerçants, le sont.

Les forces de l’ordre veillent au grain

Côté sécurité, pour le DL, tout va très bien. Sauf que les services de police déplorent la montée en puissance du phénomène d’hyper alcoolisation chez les jeunes festivaliers. Le journal n’a pas relevé que c’est ce phénomène qui est sans doute à l’origine des bonnes affaires de certains commerçants aixois. Le décuplement des ventes d’alcool, ça aide forcément à quadrupler son chiffre d’affaires ! Le DL n’a pas non plus relevé que les bars installés dans l’enceinte même du festival contribuaient aussi au développement de ce phénomène, en proposant de la bière à gogo. Mais à part ça (!), tout va donc très bien pour le DL.

50 agents des forces de l'ordre mobilisés en permanence pendant 3 jours pour une quinzaine de délits sanctionnés, et des centaines d'autres volontairement tolérés et non verbalisés.

Chaque jour, une cinquantaine d’agents a été mobilisée pour assurer la sécurité. On vous laisse imaginer combien coûte une telle mobilisation. Quant au résultat … une quinzaine de délits sanctionnés annonce fièrement le quotidien.

Sachant que tout un chacun pouvait relever par centaines les stationnements interdits voire dangereux mais jamais verbalisés, on mesure toute l’efficacité du dispositif ! Ou plus exactement le taux de tolérance à l’égard des festivaliers. Qui choisissent pourtant de stationner en dehors de toute légalité par simple convenance personnelle. La police municipale aixoise est bien moins tolérante à l’encontre de ceux qui oublient de nourrir le cochon rue de Genève. L’égalité républicaine s’arrêterait-elle à l’entrée de Musilac ? Pas tout à fait, ou pas uniquement. Les véhicules qui stationnent à hauteur de la plage du Rowing, en empiétant sur la bande cyclable, ne sont eux non plus jamais verbalisés. Sans doute parce qu’il ne faut fâcher ni un festivalier ni un touriste.

42 000 euros pour réparer les dégâts de l’an dernier

Le lendemain du festival, l'esplanade était encore totalement interdite au public. D'ailleurs le stationnement y était interdit jusqu'au 23 juillet. Mais le DL a quand même réussi à trouver une riverainne disant avoir pu se promener sur l'esplanade !

Autre motif de satisfaction pour le DL, cette année l’esplanade n’a pas été trop endommagée. Ou plutôt saccagée, pour reprendre le terme employé par le journal. Le quotidien est même allé jusqu’à trouver une riveraine des bords du lac s’extasiant de pouvoir se promener sur l’esplanade dès le lendemain de la fin du festival. Une information qui laisse pantois. Car le lendemain, tout le site du festival était encore cerné par les grillages, et interdit d’accès au public. Difficile donc de s’y promener. Quant aux dégâts moindres que l’année dernière, on les doit avant tout à la météo moins pluvieuse que lors de la précédente édition. La pelouse a donc été relativement épargnée. En 2011, sa remise en état avait coûté 42 000 euros aux contribuables aixois. Mais pour Rémi Perrier, un des organisateurs de Musilac, son festival n’était pas responsable. Pour lui, les dégâts sont le fait d’aménagements inadaptés. L’esplanade accueille pourtant de nombreuses autres manifestations tout au long de l’année, sans que cela pose problème. Mais cela n’empêche pas les organisateurs de Musilac de considérer que la municipalité devrait aménager correctement les lieux, juste pour les 3 jours de leur festival. C’est à se demander pourquoi ils ont choisi cet emplacement, puisqu’ils le jugent incorrectement aménagé.

Vous avez dit promotion touristique ?

La municipalité ne subventionne pas directement Musilac. Cela lui évite d’avoir à clamer publiquement sur les toits le montant de la dite subvention. C’est donc son satellite, l’office du tourisme, qui s’y colle. Avec une opacité qui aurait pu inspirer la chanson « Noir c’est noir ». Sauf que les magistrats de la chambre régionale des comptes ont mis leur nez là-dedans. Du coup l’OTT s’est retrouvé un peu contraint de faire figurer le montant de la subvention noir sur blanc dans son dernier rapport d’activité. Près de 440 000 euros pour l’édition 2011. Sans compter les aides en nature. Avec de telles sommes en jeu, on comprend que l’office du tourisme cherche à accréditer l’idée selon laquelle Musilac serait bon pour le tourisme précisément. Sauf que pour ce faire, le satellite de la mairie a bien peu d’éléments concrets à livrer aux aixois. Bien peu pour ne pas dire aucun. Et surtout pas des études sérieuses sur le comportement touristique des festivaliers. Comme il s’en réalise beaucoup dans de nombreux autres festivals. A Aix-les-Bains, on préfère s’en remettre à la boule de cristal. Au moins, on peut lui faire dire ce qu’on veut.

A défaut d’éléments probants, l’OTT se rabat sur la vente de ses « coffrets bulles », pour lesquels il revendique une augmentation des ventes de 20%. Il faut tout d’abord noter que la promotion de ces coffrets se fait largement en dehors du cadre spécifique de Musilac. Que ce soit par les commerçants locaux, par le biais du site internet dédié, ou encore des nombreuses autres actions spécifiques de communication et de promotion mises en place par l’OTT. Cette petite croissance des ventes ne peut donc en aucun cas être le fait du seul festival Musilac. Il faut ensuite relativiser l’étendue du succès. En 2011, il y a eu en tout et pour tout 1 107 « coffrets bulles » vendus. Dont seulement 20%, soit en gros 220, par l’intermédiaire des agences de voyages, qui sont les cibles privilégiées de l’OTT pendant Musilac. Mais qui sont aussi l’objet de campagnes de promotion en dehors du festival. Au final, on peut estimer que la promotion des « coffrets bulles » pendant Musilac génère moins de 10 000 euros de chiffre d’affaires touristique par an. Et encore. A rapprocher des 440 000 euros de subvention versée aux organisateurs du festival pour qu’ils fassent du bénéfice. Le bilan est maigre. Si l’on se place du point de vue des contribuables aixois.

Le plus cocasse étant que parmi les « coffrets bulles » on en trouve un pour s’offrir ou offrir des Pass 3 Jours Musilac. Grâce à Musilac, l’OTT peut donc vendre plus de billets pour Musilac ! Si ça ce n’est pas de la promotion touristique !

En 2011, 1107 coffrets bulles vendus, dont seulement 20% par les agences de voyages (rapport d'activité 2011 de l'OTT).

Quelques commerçants qui tirent leur épingle du jeu quand d’autres choisissent de baisser rideau. Des épiciers qui quadruplent leur chiffre d’affaires en grande partie grâce aux ventes d’alcool à l’origine de l’hyper alcoolisation d’une partie des festivaliers. Des forces de l’ordre présentes en grand nombre mais à qui on demande de ne pas verbaliser des infractions pourtant sanctionnées le reste de l’année. Et même pendant Musilac, pour peu qu’elles soient commises en centre ville. Des retombées touristiques toujours pas mesurées et toujours aussi incertaines. Des dépenses publiques un peu moins opaques grâce à la chambre régionale des comptes, mais toujours aussi importantes. Voire de plus en plus importantes. Avec un tel bilan, et face aux critiques et aux questions qui se font de plus en plus pressantes, vous comprenez qu’il était urgent pour la municipalité de sauver le soldat Musilac. Pour cela, elle a envoyé son bataillon d’élite. Mais pas sûr qu’il se trouve encore, parmi les lecteurs de moins en moins nombreux du DL, des personnes pour croire aux belles histoires qu’il raconte.

Ils sont en revanche chaque jour plus nombreux à se poser la question : doit-on continuer à subventionner les bénéfices d’une société privée avec les impôts des aixois  ?

 

Ce n‘est que 3 jours par an !

Le sujet n’est pas évoqué par le DL, mais c’est l’excuse la plus couramment servie par la municipalité aux riverains qui se plaignent de Musilac. L’un d’entre eux nous a fait parvenir ce petit commentaire à ce propos. Ce n’est que 3 jours, mais aussi 3 nuits. Surtout 3 nuits d’ailleurs. Facile à dire quand on habite loin du festival, par exemple à Saint-Innocent, où on a les oreilles bien a l’abri du bruit. Et où on peut dormir sur ces 2 oreilles. Cette année encore, j’avais invité le député-maire et sa suite à venir prendre résidence chez moi, pour mieux profiter de Musilac et de ses bienfaits. Ils ont tous décliné l’invitation. A moins qu’ils n’aient été bloqués à un des contrôles interdisant l’accès au quartier …

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