Mais où sont passés les touristes ?

Photo aixlesbains.info

L’an dernier à pareille époque et à la même heure de la mi-journée, le chemin lacustre et ses abords étaient noirs de monde. On y croisait pêle-mêle des amateurs de bronzette, de baignade, de pique-nique, de promenade. Ou des quatre réunis.

Y circuler à vélo nécessitait de jouer régulièrement de la sonnette pour signaler son arrivée et éviter les collisions. Les pontons étaient pris d’assaut. La grève de galets et les rares bouts de pelouse étaient envahis par les serviettes et les parasols des baigneurs. Mais où sont donc passés tous ces touristes ? La question se pose d’autant plus que, d’après la municipalité et son office du tourisme, ils seraient chaque année plus nombreux à fréquenter les rives du lac du Bourget. Or les plages aixoises, malgré, ou à cause, de leurs aménagements récents, n’accueillent pas plus de monde. Quant aux berges entre Aix-les-Bains et les Mottets, elles sont quasiment désertes une bonne partie de la journée. Et accusent en tout cas une très nette baisse de fréquentation. Explication avancée par un habitué des lieux, pêcheur au petit matin puis baigneur aux heures plus chaudes : « L’effet de nouveauté passé, l’attrait de cet aménagement est rapidement retombé. Les gens se sont rendus compte que se promener sur un chemin goudronné en plein soleil pendant l’été ce n’est pas l’idéal, et qu’il y a bien d’autres promenades à faire. A l’ombre et sur des vrais chemins. Sans parler de la foule : l’an dernier il fallait sans arrêt faire attention à tout, vélos, piétons, rollers … etc. C’était plus stressant que reposant. ». Et pour les adeptes de la trilogie farniente/bronzage/baignade, notre pêcheur-baigneur a aussi sa petite idée : « Au premier abord le coin a l’air agréable et calme. Sauf que tout au long de la journée les voitures n’arrêtent pas de défiler. On a beau être en contrebas, on les entend quand même. Pas très reposant non plus. Surtout quand on est venu chercher le calme ».

Pas un seul vélo en stationnement !

Quand l’après-midi touche à sa fin, les berges retrouvent un peu d’animation et de fréquentation. Mais on est encore là bien loin de la ruée de l’an dernier. Les vélotafeurs* en savent quelque chose. L’an dernier, la plupart avaient du renoncer à emprunter le chemin lacustre, faute de pouvoir y circuler à une vitesse correcte. Autre son de cloche cette année : ils trouvent désormais de grandes portions totalement vides, et ne croisent ou ne doublent que quelques dizaines de personnes tout au plus.

Mais alors où sont donc passés tous ces touristes censés être plus nombreux que l’an dernier ? Pour avoir la réponse, il faut peut-être tourner son regard vers les hauteurs. Plus précisément vers le Revard.

Des pontons quasiment déserts.

Une fréquentation qui aurait triplé !

A en croire l’adjoint au tourisme d’Aix-les-Bains, la fréquentation du sommet du Revard aurait triplé depuis son réaménagement achevé en juillet 2011. On se demande bien sur quoi se base cette affirmation, sachant qu’il n’existe aucun système de comptage du nombre de visiteurs, le site étant libre d’accès. Mais il est vrai que la municipalité aixoise à une sorte de 6ème sens. Il y a quelques années en arrière, l’adjointe au commerce avait affirmé sans rire qu’il y avait de plus en plus de visiteurs extérieurs à la ville dans la rue de Genève. Si une adjointe au commerce est capable de deviner la provenance des gens rien qu’en les regardant, pourquoi son collègue du tourisme ne serait-il pas capable de dénombrer les visiteurs du Revard en un seul coup d’œil ? Blague à part, on attend avec fébrilité que l’office du tourisme produise les résultats détaillés des comptages successifs réalisés sur plusieurs années, permettant d’établir l’évolution de la fréquentation du Revard. Il est probable qu’il faille s’armer de patience avant de voir ces documents. Car  il est plus que probable que ces comptages n’aient jamais été effectués. Et que l’affirmation lancée par Michel Frugier et reprise par le quotidien local ne soit que du vent. Ou du flan. Le flanc du Revard en quelque sorte.

On peut néanmoins s’amuser à prendre cette affirmation comme argent comptant. Vu le prix qu’ont coûté les travaux du Revard, à savoir 3 millions d’euros, c’est la moindre des choses. Soit, considérons – simple hypothèse de travail – que la fréquentation du Revard a effectivement triplée. Et alors ? Il faut rappeler que le Revard reste envers et contre tout un site naturel. Malgré les travaux de l’an dernier, qui ont transformé le sommet en sorte de square urbain d’altitude, avec ses allées au cordeau, ses trottoirs en vrai granit de Chine, ses pontons de béton, de bois et d’acier, et sa passerelle en verre. N’importe qui se plaçant quelques heures en observation au sommet du Revard ferait rapidement ce constat : l’immense majorité des gens qui fréquentent le site y arrive en voiture ou en car. Les marcheurs à pied et autres cyclistes ne représentent qu’une petite minorité. 10% tout au plus. Donc, si la municipalité aixoise a comme elle l’affirme réussi à tripler la fréquentation du site, elle a du même coup réussi à amener trois plus de voitures sur ce site naturel. Trois fois plus de voitures, trois fois plus de pollution. Est-ce là qu’il faut applaudir des deux mains ?

Le Revard façon square urbain d'altitude séduit-il vraiment plus les touristes que l'ancien sommet naturel ? Rien n'est moins sûr.

Un petit calcul pour terminer. 7 millions pour le centre nautique + 3 millions pour le Revard + 8 millions pour le nouveau port du Tillet + 3 millions pour le restaurant de la Chambotte = 21 millions. Soit très exactement le budget du projet de réinstallation d’un chemin de fer à crémaillère pour desservir le Revard depuis Aix Sud. On rappelle que le premier chiffrage pour le centre nautique se montait à seulement 2 millions. Quant aux 3 autres chantiers, on pouvait facilement s’en passer. Autrement dit, la collectivité avait largement les moyens de financer un extraordinaire outil de développement touristique écologique pour le Revard et son plateau. Un équipement sans doute pas assez bling-bling pour les décideurs locaux. Mais aussi pas assez rentable, électoralement parlant, à court terme. Car il aurait s’agi d’un chantier de longue haleine, qui n’aurait vu son terme que bien après les prochaines élections municipales de 2014.

* personnes utilisant leur vélo pour se rendre à leur travail

Une réponse à Mais où sont passés les touristes ?

  1. steph dit :

    Je n’ai pas trouvé de grosse évolution aux bords du lac par rapport à l’an dernier et le soir à 17-18h il y a quand même pas mal de monde posé tout du long entre les Mottets et Aix… ce qui ne se voit pas sur vos photos.
    Les moments où il y a le plus de monde ce sont les week-ends en cours d’année par une belle journée…

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